Kenopeh
Le jour où tu dis "allez vous faire foutre" mais ça reste dans ta tête, t'as simplement envie de dire allez vous faire foutre mais ça reste toujours dans la tête, ça sort pas, et tu sais pas dans quel désordre ça va sortir, si ça va sortir, si tu vas vomir, si tu vas pleurer devant le caissier, tu sais pas, mais tu sais que c'est là dans ton p'tit cœur d'artichaud, que ça va pas se passer comme ça, parce que tu le sais que ça va pas se passer comme ça, pass'que si ça se passe comme ça : quelqu'un te retrouvera comme ça la bouche ouverte les yeux fermés.
Alors c'est le jour où t'as pas vu plus de colère dans ton corps que jamais,
T'as jamais vu ça cette colère que tu la contiens pas d'ailleurs.
T'es en colère tu voudrais tous leur dire d'aller se faire foutre mais que c'est toi qu'es en train de te faire foutre et que t'en a marre de te faire foutre pass'que là ça fait mal aux fesses.
D'ailleurs c'est le jour où tu te dis que t'iras pas une quatrième fois à l'hosto et que là tu voudrais la vomir sur les pompes du premier connard qui viendrait encore te faire chier pour un oui pour un nan, pour une merde, que t'as pas envie ce jour là de rencontrer la personne qui va te la faire sortir, pass' que tu sais pas si ça va sortir.
Et si ça sort pas, c'est bon pour l'hosto. Passe que quand ça sortait pas j'allais à l'hosto, et là je veux plus aller me faire foutre à l'hosto.
Passe'que ça c'est pas drôle, mais pas drôle du tout, qu'on se paye ta gueule en te faisant croire à leur bon dieu et sans conviction et à coup de cachetons.
Parce que le jour où t'as un raz de marée comme ça qui te prend les tripes la tête ça enivre comme jamais, tu crois que tu pourrais faire un connerie ce jour-là mais tu sais que t'as toujours ta petite voix de gentille fille, qui disait oui qui disait jamais nan. Passs'que nan c'est quand t'es pas en colère quand t'a un cerveau qui choisit entre oui et nan.
Et cette petite voix là, tout juste qui s'étrangle dans ma gorge qui voudrait simplement être une voix qui est pas une voix de gentille fille, une voix qui dirait des trucs comme je sais pas moi, je crois même que je l'ai jamais su ce qu'elle pouvait dire ma voix quand elle était pas une petite voix de gentille fille.
Une voix qui demanderait pas poliment une putain d'aide financière pour payer cette merde de facture d'élécricité, une voix qui arrêterait de s'excuser lorsque je bouscule personne mais que j'ai eu l'impression soudaine de déranger la terre entière.
Nan, une voix à la même hauteur que la délicatesse posée de Clint quand i' lâche sa chique sur les pompes de son prochain après avoir poussé les battants du saloon, à contre jour. Une voix à contre jour.
A contre temps, qu'est là juste là pour répondre : Ouaip ! Nan !
Ou rien, la voix qui répond rien, qu'est là, et c'est tout.
La voix que l'autre voit dans tes yeux tellement elle est là.
Le jour où 135 mots grossiers comme misandre sortent de toi par tous les pores de ta peau comme une rafale de pistolet automatique, par exemple. Misandre. Misandre comme une bonne grosse suée de colère. Comme les yeux injectés de sang. Une colère comme ça et une petite voix comme ça. Tandis que ma voix à contre jour à contre temps s'était foutue la malle le jour où elle devait sortir la première fois, elle s'était foutue la malle et sans moi.
Putain de voix. Où tu t'es foutue bordel de chiotte à vermine ? La première fois que j'avais besoin de toi j'ai ouvert la bouche et tu t'es tirée sans mot dire, sans rien.
Voilà c'est le jour où j'ai besoin de toi parce que si t'es pas là c'est l'hosto et pour sûr, alors reviens putain, je vais pas te la faire en couleur, mais t'as intérêt à rappliquer vite fait parce que là c'est dans mon intérêt.
Oui parce que en plus elles sont pas cuites, alors elles sont vraiment pas contentes,
mais je crois que c'est pour cette semaine, au chaud les petites chéries !
Pour mes petits neveux et nièces j'avais fait des masques en papier maché, c'était il y a quelque temps déjà !
Je crois qu'ils m'aiment toujours !
Celui-ci il a un peu souffert pendant le voyage de retour en avion, d'ailleurs la mouche en a perdu les ailes.
Pas cuite, pas vernissée ! En train de sécher !
Depuis mon balcon, ce matin, dans la solitude de cette matinée, j'entends la voix hachée d'un talkie-walkie porté à la taille par un des pompier.
La concierge et son mari mènent la brigade à une chambre silencieuse dont la fenêtre est fermée par un store marron. Tandis qu'ils se rapprochent par le chemin latéral du jardin, leurs pieds sont à la même hauteur que la fenêtre : rez-de-chaussée bas. Au pied de biche on ouvre le store :
-"Alors ?"
-"Morte ! ".
La concierge restée à distance,entonne un "c'est bien c'que ch'pensais !" Comme une évidence macabre et distante.
-"Vous pourriez nous ouvrir la chambre ?"
On attend la police. Le corps de la locataire du rez-de-chaussée bas est mort, bien mort et ça tardait. Depuis trois jours je me demandais pourquoi quelqu'un laissait une des fenêtre du bâtiment ouverte, en général la concierge gueule, elle supporte pas les courants d'air et l'homme de ménage malgache ferme cette fenêtre, il supporte pas de se faire engueuler. J'me demandais pourquoi quelqu'un avait vidé une putain de bombe désodorisante dans ce putain de bâtiment déjà puant.
Ca braille dans le talkie, c'est celui des policiers, un duo homme femme, qui attend juste en dessous du balcon, j'écoute :
-"On est entré, mais on attend dehors",
-" Ouais i's'rait temps qu'i' z'arrivent ! "
-"Nan, on reste dehors."
La médecine légale s'fait attendre. Ca sent pas l'frais un cadavre en décomposition.
J'me dis que je suis curieuse, que j'ai envie de "voir" de plus près, pas trop près, juste assez pour en savoir plus. Alors j'me prétexte une course à faire ça me fera descendre au rez-de-chaussée bas. Porte-flouze, cabas, clés, je descends les escaliers, en faisant du bruit avec le talon de mes chaussures. J'm'imaginais un :
- "Vous connaissiez cette personne ?" Un truc dans l'genre.
-"Vous avez entendu quelque chose ?"
J'aurais répondu :
-" Non."
J'aurais parlé des deux dingos, du harcèlement des filles, des proprios qui empochent leur loyer insalubre, sans foutre un coup d'pinceaux sur les murs de ce foutu bâtiment qui pu, jamais aéré et que c'est pas la solidarité le point fort de cette société. C'est à dire rien en fait. Rien. Le couloir du rez-de-chaussée bas est lugubre. La porte de la chambre entrebâillée, un filet de lumière éclaire la mallette ouverte sur le couloir. La medecine légale compte les mouches et les vers. J'irai pas faire la comptable en passant devant la chambre, pas le cran, le corps doit être sur le lit, allongé, le lit dans l'alignement de la porte, j'en aurais trop vu si j'étais passée devant. C'est ce que j'ai envie d'imaginer je sais déjà que la chambre fait 12 à 14 mètres carré de surface au sol ; sur les trente-deux chambres de ce bâtiment de la résidence, trente sont identiques ou symétriques.
Si je me souviens bien, la police était déjà venu pour une tentative de suicide. C'était l'automne, en soirée ils s'étaient déplacés, ouvert la fenêtre de l'extérieur au pied de biche déjà, "Madame vous allez bien ?" et puis, plus rien, je sais pas qui s'était plaint. Et de quoi ? La deuxième chambre à côté c'était le dingue, il nous faisait flipper en passant dans les couloirs la nuit silencieusement, regardait par le trou des serrures quand on avait pas oublié de fout' un peu de mie de pain, il cherchait toujours à faire peur, vêtu de noir d'un bob noir, d'un pantalon noir et d'un casque de baladeur sur les oreilles, d'où aucun son ne sortait jamais. Il allumait pas la lumière. Une fois je décidais de le surprendre, alors je faisais en sorte d'avoir moins peur : j'habituais mon regard sans la lumière des néons et je montais les marches doucement, j'écoutais au mieux le bruit des pas pour reconnaître l'étage où il se trouvait. Et puis un soir que je rentrais tard je l'ai surpris à mon étage, il m'a pas eu ce soir là, la lumière du couloir soudainement irruptive dans son jeu de cinglé lui a réduit le clapet à une bouche bée, après quoi il me foutait plus la trouille, pour lui montrer, j'le saluais chaque fois que j'le croisais. Et puis l'aut' jour j'ai vu sa piaule en travaux, je sais pas qui l'a foutu à l'asile.
L'autre côté y a le Chinois. On l'appelle le Chinois, je sais plus pourquoi. Lui aussi il est dingo, il fait trop chier avec son foot jusque pas d'heure, à gueuler pour un oui ou pour un non d'arbitrage, avec ses trois aut' potes de picole les soirs de matcho et puis il cherche les filles du bâtiment un peu timorées, son regard est vraiment pas net. Son truc à lui c'est les boîtes aux lettres, il attend de voir qui ouvre sa boîte et à quel nom elle est. Lui je lui parle pas, mais pas du tout. je veux même pas qu'il connaisse le son de ma voix.
Les fenêtres des chambres du rez-de-chaussée bas, donne directement sur la cour arborée de la résidence, nos chaussures crottées sont à hauteur de leur regard, de leur table, de leur assiette, et nos regards à hauteur de leur intimité, rentre qui veut par la fenêtre, encore un coup grandiose de l'architecte inspiré et de l'entrepreneur économe. Les bacs à sable, jeux pour les enfants, bancs ombragés, herbes grillées par le soleil, tout ça, c'est derrière le store, toujours clos. Le store fermé rend l'intimité glauque d'une chambre où se casent deux plaques électriques, un frigo minus, un évier, une douche, un chiotte, un lavabo, et l'espace principale où le locataire range une table, un lit, une chaise.
Tandis que je reprends le fil de mon quotidien je m'accoude au balcon : un enfant à 10 mètres du store fermé joue à télécommander le petit bolide offert. Tandis que l'homme de ménage accablé par le nettoyage des trois bâtiments de la résidence, l'humeur de la concierge et les redites de certains proprios devenus irascibles, joue du balai dans les escaliers en spirale de l'autre bâtiment. Je le regarde travailler, ce matin la femme du rez-de-chaussée bas est infiniment morte.
Volà ça y est la pochette surprise est ouverte, finie, je passe à autre chose.
C'est "La cage aux fols" qu'elle s'appelle, maintenant qu'elle s'ouvre.
Elle est actuellement exposée à la galerie Vendetta de la Friche Belle de Mai à Marseille,
à l'occasion de l'exposition Paranorama, de Rémi-Moolinex-Julien Rictus,
jusqu'au 8 avril. Les détails de l'intérieur, dans l'album " bois".
Au hasard des errances internetiques, j'ai trouvé la vidéo de ce fameux film de Germaine Dulac, cinéaste française de l'époque avant-gardiste des années 20 :
"La coquille et le clergyman" (scénario Antonin Artaud), c'est un peu long à charger mais avec beaucoup de patience on arrive à ses fins ; sur le même site on peux visionner Jean Epstein, et pleins d'autre trucs, que, pour vous, je regarderai et me permettrai de vous rendre des comptes.
Michel Goyon, un de mes très peu nombreux héros contemporain,
expose à la galerie duqué-pirson
le vernnissage c'est le 30 septembre c'est à Bruxelles.
j'ai pas d'images à vous montrer, allez sur son blog
allez où vous voulez, allez en prison et ne passez pas par la case départ
ne touchez pas 20 000fr, allez chez les grecs...
allez à l'exposition pourquoi pas !
je viens de mettre en ligne quelques images de sculptures sur bois que j'avais précédement réalisées, travaux d'étude majoritairement.
L'hippocampe, commande pour forain a été réalisé en tilleul à la machine à sculpter, à l'atelier du sculpteur Yves Largiller, dernier rare sculpteur à fabriquer les manèges en bois, (celui des Halles à Paris par exemple) chez qui j'ai eu la joie de travailler, ici donc sur l'ensemble des finitions.
(à droite en sortant, album "bois".)
c'est pas grand chose, mais c'est en attendant la prochaine livraison qui s'achève lentement, je parle de la pochette surprise qui est ma première véritable sculpture sur bois.